« Sportive is a Lifestyle » par Marie Martinod

Interview

« Sportive is a Lifestyle » par Marie Martinod

Sportive dès le plus jeune âge, se faire sa place dans une discipline majoritairement masculine, penser à avoir des enfants...voilà quelques unes des choses qui font que les sportives ont un lifestyle à part entière !

Marie Martinod, elle vous a forcément fait rêver lors des derniers JO de Pyeongchang avec une médaille d’argent remportée lors de l’épreuve de ski half-pipe suite à un run hallucinant. Quatre ans après avoir ramené une première breloque en argent de Sotchi, la skieuse acrobatique est rentrée un peu plus dans l’histoire du ski français. Alors qu’elle a mis un terme à sa carrière après ce véritable exploit pour une sportive de 33 ans dans sa discipline, elle est désormais membre de la prestigieuse « Dream Team Sport » de RMC où son tempérament et son humour font l’unanimité. De plus, Marie est la marraine ainsi qu’à l’initiative du White Festival, évènement inédit de ski et snowboard freestyle qui aura lieu à la Halle Olympique d’Albertville (Savoie) du 16 au 18 novembre prochain. De passage à Paris, la jeune femme a répondu à notre interview « Sportive is a Lifestyle » sans langue de bois, avec un regard objectif sur sa discipline alternative et la place de la femme dans celle-ci !

Beside Sport - « Sportive is a Lifestyle » par Marie Martinod - Le skieur de bosses Edgar Grospiron -

Le skieur de bosses Edgar Grospiron

Petite, Marie, on pouvait déjà déceler un côté casse-cou chez elle ?

Oui (Rires)…un peu énervée je dirais même ! Petite anecdote rapide : On m’a rapidement mis sur les skis mais aussi dans l’eau pour faire du ski nautique. Et quand il a fallu sortir de derrière le bateau, j’étais gelée, mes lèvres étaient bleues, je n’arrivais pas mais pas question pour moi de sortir de l’eau avant d’avoir réussi. J’ai toujours été jusqu’au-boutiste !

Le ski classique, c’est tout de suite devenu trop ennuyeux pour Marie ?

Non, j’adore le ski classique aussi et j’aime aller skier pour le plaisir et faire des bords de piste. Mais j’avais cette envie de faire comme mes idoles à l’époque d’Edgar Grospiron notamment. Du coup, très vite, j’ai enquiquiné mes parents afin qu’ils m’inscrivent au club des sports et je voulais faire du ski freestyle.

Quel est le plus extrême, le ski acrobatique ou le ski de bosses ?

Alors le ski de bosses fait partie de la famille du ski acrobatique et chaque discipline possède ses dangerosités si on parle de ça quand on évoque le sport extrême. Après je n’aime pas trop que l’on dise « sport extrême » mais je préfère les « sports alternatifs »…les sports « Beside » (rires). Donc non, il n’y en a pas un plus dangereux que l’autre. Si on regarde mon amie, Sandra Laoura, en ski de bosses, elle s’est fracturée une vertèbre et elle est en fauteuil. Et je ne connais pas de personnes qui soient en fauteuil après avoir fait une « boîte » (chute) en pipe alors que le pipe paraît plus dangereux.

A tes débuts, une femme qui faisait du ski freestyle, c’était perçu comment ?

De toute façon, de faire du ski freestyle, c’était déjà mal perçu. Clairement, ça voulait dire que tu ne faisais pas de ski alpin. On était des rebelles, on nous appelait les « nains à bonnet », les « fumeurs de pétards »…on était vu comme des personnes en marge et pas du tout comme des athlètes alors que c’est un beau sport. Aujourd’hui, on est mieux perçu ce qui est signe d’une évolution positive.

Elle saute moins haut, fait moins de rotations,…Quelle est la place de la sportive dans les disciplines alternatives ?

Je pense que la sportive est là où elle a envie de se mettre ! Je crois qu’il faut arrêter de penser que ce sont les hommes qui décident de faire de nous telles ou telles personnes ou d’avoir telle ou telle vision, je crois que nous sommes toutes différentes. Alors oui, on va moins haut, oui on fait moins de tours, on est moins physique, c’est une certitude. Après les garçons, ils ont un respect pour l’engagement, ils connaissent notre niveau, ils savent à quel point on s’est donné sur un entraînement et donc tout est relatif. En tout cas, pour ma part, je n’ai jamais eu à me plaindre pour ma place en tant que femme au milieu des garçons. Je les ai toujours trouvé bienveillants à mon égard.

Beside Sport - « Sportive is a Lifestyle » par Marie Martinod - De gauche à droite et de haut en bas, Kevin Rolland, Tanner Hall, Candide Thovex et Shaun White - De gauche à droite et de haut en bas, Kevin Rolland, Tanner Hall, Candide Thovex et Shaun White

Les légendes des disciplines extrêmes sont Shaun White, Candide Thovex, Tanner Hall, Kevin Rolland…pourquoi les femmes n’arrivent pas forcément à laisser leurs marques ?

Tout simplement car on vit encore dans un monde d’hommes ! Néanmoins, je pense que cela change notamment grâce aux réseaux sociaux. Il y a des influenceuses, des surfeuses qui ont largement, voire plus, de followers que les hommes. Il faut juste être patient et les choses sont en train de changer. Personnellement, ce n’est pas un combat chez moi car on a la chance d’être dans le sport, d’évoluer dans des pays sympas pour une femme et je pense que l’on avance dans le bon sens.

En 2014 à Sotchi, pour la première fois aux JO, il y a eu une épreuve de saut à ski féminin. Pendant longtemps, les gens pensaient que le saut à ski dégradait l’utérus et rendait la femme stérile. As-tu déjà entendu des arguments similaires dans ta discipline ?

J’apprends quelque chose et non ce n’est jamais allé aussi loin dans ma discipline ! Néanmoins, j’ai entendu un truc qui a du sens, c’est qu’en fait les femmes ont moins d’engagement car on a un esprit maternel, de sauvegarde et on a moins de folie que les hommes. On est là pour la survie de l’espèce. Cela expliquerait que l’on est plus protectrice et que l’on se mettra toujours moins en danger ou tout du moins, qu’on le mesurera plus.

Dans l’idée, cela avance car si on prend mon run que je fais lors des JO de Pyeongchang, à quelque chose près, c’est le même run que faisait Candide Thovex quand il remporte les X Games 15 ans en arrière. On met plus de temps mais on comble cela par d’autres qualités qu’ont les femmes.

Beaucoup de sportives décident d’avoir un enfant en fin de carrière ou alors après leur retraite sportive. Tu as choisi de quitter la compétition pour fonder une famille à 23 ans. Pourquoi ?

Car j’étais amoureuse et que lorsque l’on est amoureux, c’est chouette d’avoir un enfant. Je ne me suis pas posée plus de questions que ça. Pour moi, les enfants, ce n’est pas un truc qui rentre dans le plan de carrière. Après chacun voit midi à sa porte et je comprends tout à fait que l’on ait envie de faire ça après sa carrière. Moi je n’ai pas fait comme ça et j’ai puisé beaucoup d’énergie dans ma fille. Elle m’a apporté énormément dans la gestion de ma deuxième carrière sportive. Et puis j’ai un très bon exemple, qui me vient en tête, c’est Marie Dorin. Car à la limite, nous on peut dire, vous êtes dans un sport freestyle, moins dans la performance mais Marie, c’est du biathlon et donc il faut être dans la performance physique pure. Elle est revenue et a fait une deuxième partie de carrière magnifique après sa grossesse.

 

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Après, c’est sûr que l’on se retrouve à l’étranger sans la chair de sa chair et c’est pas évident. Mais en même temps, on peut en faire une force et on sait pourquoi tu t’en vas à l’étranger et que tu ne la verras pas pendant 3 semaines. Forcément, ce n’est pas pour aller acheter du terrain. Ce qui est certain, c’est que je ne pense pas que cela soit un frein du tout d’avoir une grossesse en milieu de carrière.

Pour pratiquer une discipline extrême, il faut aimer se faire mal et donc être un peu maso ?

Il ne faut pas aimer se faire mal mais surtout avoir une capacité de résilience et une forme d’acceptation de la douleur car oui quand tu déglingues, tu déglingues. On fait tout pour que cela n’arrive pas, c’est aussi l’intérêt car tu te prépares en fonction de…on fait une préparation physique adaptée pour essayer de se blesser le moins possible. De plus, on travaille énormément nos « tricks » afin d’être prêt pour les lancer sur le dur.

Je suis un peu perchée (rires) mais je crois que si tu tombes, c’est que tu devais tomber. Il y a quelque chose que la vie voulait te montrer et qu’il y a quelque chose à corriger. J’ai toujours pris la « boîte » comme quelque chose de positif, tout comme la blessure. C’est toujours explicable si tu veux bien te remettre en question. C’est un voyage personnel et c’est quelque chose que beaucoup de personnes n’arrivent pas à faire.

« Si t'es bien dans ta peau et que tu fais des choses sans te trahir personnellement, il n'y a vraiment aucune raison que tu te déglingues.  »

Marie Martinod

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Beside Sport - « Sportive is a Lifestyle » par Marie Martinod - Sarah Burke est décédée à 29 ans suite à une chute à l'entraînement - Sarah Burke est décédée à 29 ans suite à une chute à l'entraînement

Le danger, est-il présent au quotidien quand on pratique une discipline extrême ?

Oui bien sûr ! C’est tout l’art d’en avoir conscience et de ne pas le minimiser mais d’apprendre à vivre avec. T’as choisi de faire un sport qui est engageant mais en même temps, c’est ce moment que l’on recherche tous. Tu te mets la pression, tu vas faire un trick difficile ou un gros run engagé, tu es dans un état d’esprit très particulier, tu fais ton truc, tu t’éclates et t’arrives en bas, tu poses ta dernière figure et là tu passes de cet instant de concentration ultime à cette jubilation complète d’avoir réussi…c’est cet ascenseur émotionnel que l’on recherche !

Le décès de la canadienne Sarah Burke après une chute ou la grave blessure de la française Sandra Laoura, ce sont des choses qui font réfléchir pour la suite d’une carrière ?

Moi je suis revenue juste après que Sarah se soit tuée donc j’en ai plutôt fait une force et je me suis dit que l’on appartenait à la même trempe de rider, à la même génération et qu’elle aurait trop aimé me voir skier et revenir à la compétition. Elle aurait sûrement été la première à m’aider à retrouver mon niveau. Donc pour toutes ces raisons, je me suis dit que j’allais le faire pour elle. Toutes les rideuses de pipe, une trentaine présente aux Jeux de Sotchi un an après sa mort, ont voulu célébrer sa vie, lui rendre hommage car elle rêvait de participer aux JO. Mais on ne l’a pas du tout vu comme quelque chose qui pourrait toutes nous arriver demain. C’est un état d’esprit anglo-saxon et très américain de voir ce genre de drame d’une manière plutôt positive…et je préfère largement ça !

Pourquoi les Canadiennes sont aussi fortes en ski freestyle ?

Déjà car elles ont un très bon coach puis car elles ont une culture freestyle, un peu à l’image des Américaines, bien développée. Au Canada, il y a des stations où le « snowpark » fait partie intégrante, et depuis longtemps, de la pratique du ski pour Monsieur Tout-le-monde. C’est important d’avoir un beau « park » à présenter à sa clientèle basique. Forcément, quand depuis gamine, t’as accès à ce genre d’installation, ça donne envie d’essayer.

Et puis les Canadiens ont un bon « spirit », ils ont un très bon mix entre l’entraînement, la rigueur, la compétition et le fun. Ils peuvent par exemple faire un stage de surf, 3 semaines avant le début de la saison, car ils pensent que ça peut leur faire du bien de se détendre et de penser à autre chose avant d’attaquer la saison de Coupe du monde. Ils ont vraiment la capacité d’être très pros et en même temps, de « switcher », et de s’autoriser des moments de détente…et cela reste l’essence même de nos sports freestyle, alternatifs !

Est-ce qu’un homme avec ton niveau et ton palmarès aurait eu autant de mal à trouver des sponsors ?

Ba non…clairement non, c’est évident ! Je suis très très loin d’avoir signé des contrats qu’ont eu des garçons qui ont le même palmarès que moi. Mais ce n’est pas grave, encore une fois. J’avance, je suis plutôt positive, et aujourd’hui, je vais peut-être réussir une après-carrière qui sera largement plus couronnée de succès que certains de nos athlètes masculins qui ont bien brillé et ont signé de beaux contrats…mais n’auront peut-être pas la même capacité à se reconvertir. La roue tourne et je ne me compare pas !

Sur le circuit de la Coupe du monde, les femmes sont autant attendues que les hommes par les spectateurs ? Le Prize Money est-il le même ?

Non car nous on a la chance d’être tous sur le même format. Lorsqu’il y a une Coupe du monde de Pipe en finale, les spectateurs arrivent et ils vont voir le premier run des filles puis le premier run des garçons, le deuxième run des filles, le deuxième run des garçons donc finalement on est complètement mélangé.

Concernant le prize money, ça fait longtemps que c’est harmonisé pour les garçons et les filles sur la Coupe du monde car c’est la FIS (Fédération Internationale de Ski) et ils sont obligés d’avoir les mêmes règles pour tous leurs sports. Comme en ski alpin, cela faisait longtemps que c’était harmonisé donc nous depuis le début, pas de jaloux entre les deux sexes. Et puis sur les compétitions alternatives, type X Games, cela fait bien 7-8 ans que c’est le cas aussi.

Beside Sport - « Sportive is a Lifestyle » par Marie Martinod - Marie derrière le micro d'RMC - Marie derrière le micro d'RMC

Quels sont les plus sympas avec toi, les athlètes de ski freestyle ou les consultants et journalistes de la Dream Team RMC ?

Tout le monde ! Franchement, les gens qui ne le sont pas, je ne dois pas les voir ou je ne les calcule pas, j’en sais rien. Chez RMC, j’ai vraiment été super bien accueillie, on m’a mis à l’aise. En plus, c’est la première fois qu’il prenne une grande gueule régulièrement les weekends sur Paris donc cela veut dire qu’il prenne en charge mon déplacement, qu’ils me font confiance. Et puis je ne viens ni d’un sport d’été, ni vraiment grand public, et au contraire ils ont l’air plutôt content. Alors après parfois je suis vraiment pourrie sur des talks car je ne maîtrise pas les sports dont on parle…mais à chaque fois, ils m’encouragent et me disent que c’est super, que j’amène autre chose. Ils me mettent super à l’aise et c’est très agréable.

Et enfin pour finir, tu es la marraine du White Festival, que pourrais-tu dire aux jeunes skieuses pour leur donner envie de pratiquer le slopestyle, le halfpipe et le big air à haut niveau ?

C’est la liberté ! Le slopestyle, le halfpipe, ce sont des disciplines où tu choisis ton run, tu n’es jamais dans la redondance, c’est toujours nouveau et tu peux imaginer seule ton run et personne ne trace pour toi. Il y a une créativité hyper intéressante qui permet à ces disciplines d’être ludiques. Alors il faut quand même s’entraîner et ce n’est pas tous les jours faciles mais pendant l’hiver, tu peux vraiment t’éclater sur les skis. Et puis pas besoin d’être « foufou » pour pratiquer ces différentes disciplines. Il y a des mecs très carrés comme Ben Valentin, le Français, et pourtant il a fait une belle carrière dans le freestyle.

Tout simplement, je leur dirais d’essayer, d’aller au « park », de voir ce que ça leur procure comme sensations. Après on a tous mal mais il faut être capable d’y retourner et c’est ça qui est chouette aussi !

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