Simon Billy, un skieur de vitesse « Grand V »

Interview

Simon Billy, un skieur de vitesse « Grand V »

Si le ski alpin a la faveur des médias, il ne faudrait pas oublier que certains skieurs se sont faits une spécialité de dévaler les pistes. Leurs noms : les skieurs de vitesse. Et une famille résume cette discipline en France : les Billy !

Vous avez forcément déjà vu ces skieurs de l’extrême qui descendent les pistes à « fond la caisse » avec leur combinaison rouge et leur casque sorti tout droit de l’univers « Star Wars ». Et bien sachez que l’on parle là des stars du ski de vitesse qui peuvent faire vaciller les chronomètres autour de 250 km/h. Et en France, nous avons tout simplement le numéro 3 mondial, à savoir Simon Billy. Celui-ci détient le record de France avec la vitesse de 252.809 km/h. Fils de l’ancien recordman du monde, Philippe Billy, Simon nous en dit plus sur cette discipline peu connue mais qui demande un entraînement colossal et surtout un mental hors-norme !

Premièrement Simon, peux-tu te présenter ? Discipline ? Palmarès ?

Je m’appelle Simon Billy et je pratique le ski de vitesse. Ce n’est pas compliqué : On part d’un point A à un point B et l’objectif, c’est d’être le plus rapide possible. Le record du monde est aujourd’hui de 254 km/h et il est détenu par l’Italien Ivan Origone. De mon côté, j’ai la 3ème performance mondiale et le record de France avec une vitesse de 252,809 km/h. Je suis également vice-champion du monde 2019 et mon objectif en tant que skieur de vitesse, c’est d’aller chercher le record du monde et de skier à plus de 255 km/h dans un avenir proche.

Grandir à la montagne, cela donne quoi comme enfance ?

Cela donne une enfance où on est tout le temps à l’extérieur dans la montagne et donc très proche de la nature. J’ai commencé le ski à 2 ans, 2 ans et demi, et la compétition de ski de vitesse à 6 ans. J’ai suivi les traces de mon père qui pratiquait cette discipline et du coup, j’ai toujours rêvé d’un jour battre le record du monde de ski de vitesse.

 

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I think we are born to do this shit ⚡️🤣 @lecocko @bast_montes cool pic 📸 #memories #speedski #passion

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Quel est ton premier souvenir avec des skis aux pieds ? Te souviens-tu des sensations que cela t’a provoquées ?

Alors c’est hyper lointain mais j’ai de vagues souvenirs d’avoir chaussé les skis sur le front de neige, commencer à patiner un petit peu et ensuite le papa qui nous accroche avec une corde, nous amène sur les pistes, nous fait glisser et qui nous retiens 10 mètres derrière afin que l’on ait un peu de liberté.

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Plus jeune, comment voyais-tu ton père, Philippe Billy, recordman du monde de ski de vitesse pendant de nombreuses années ?

C’était aussi bien un papa qu’un super-héros ! En étant fan de ski et donc de ski de vitesse, avoir un père au top de cette discipline avec des titres et un record du monde, cela a forcément été mon héros à un moment donné. Aujourd’hui, c’est une fierté de skier dans ses traces et d’avoir battu son record personnel (243 km/h, record du monde 1997). Il a une double casquette, celle de papa et celle de coach. Et ce que l’on vit ensemble, c’est une aventure familiale avant tout, une aventure humaine également et on essaie d’aller chercher une performance ensemble…C’est ultra cool !

Faire comme ton père, cela a toujours été une évidence pour toi ?

Pour moi, oui ! En habitant à Vars, une station de ski qui est la Mecque du ski de vitesse, c’est le top pour cela et avec un papa, recordman du monde, encore plus. Néanmoins, secrètement, celui-ci ne voulait pas que j’en fasse car c’est un sport dangereux et tout papa se fait du soucis pour ses enfants. Il ne m’a jamais poussé à faire ce sport mais j’y suis venu naturellement et donc au final, il m’accompagne, il me coach pour que je pratique en toute sécurité et ensuite pour aller chercher une performance.

« Je vois l'anxiété de mon père les jours de tentative de record et de runs dangereux »

Simon Billy

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Peux-tu nous expliquer les spécificités du ski de vitesse ?

C’est un sport d’expérience ! Il est impossible d’arriver du jour au lendemain et d’être performant très jeune. Il y a plein de petits curseurs tout au long de notre carrière à ajuster sur le plan physique, sur le plan technique, sur le plan de la recherche aérodynamique avec les ingénieurs et sur le développement du matériel qui est un travail très pointilleux et très compliqué. On passe notre temps à ajuster tous ces curseurs et le jour où tout est au vert, c’est le moment où l’on pourra aller chercher une performance. L’apprentissage de la vitesse est également très important car l’on passe de 0 à 200 km/h en 6/7 secondes au départ à Vars donc c’est dur à gérer et il faut être très méticuleux.

L’objectif du skieur, cela va être de garder la position la plus parfaite et de bouger le moins possible lors de la descente.

Quelles sont les qualités de Simon Billy en ski de vitesse ?

Déjà, je le dis et je l’assume : « J’ai envie d’aller chercher ce record du monde plus que les autres !  » J’ai la chance d’avoir un entourage adéquat car j’ai mon père et mon frère qui m’entraînent et qui connaissent ce sport par coeur. Je bénéficie aussi de l’expérience de mon père donc rien que cela, c’est énorme. Ensuite, je suis bon skieur, j’aime ce que je fais et je pense avoir tout ce qu’il faut pour m’offrir le record du monde un jour…en tout cas, je l’espère !

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Peux-tu nous en dire plus sur le matériel que vous utilisez  ?

On va commencer par la paire de skis : on a des skis qui mesurent 2,40m qui sont totalement droits et qui pèsent entre 13 et 14 kilos. Ce sont des skis très compliqués à skier, réservés aux skieurs de vitesse et qui sont faits pour aller tout droit et ne pas faire du tout de virages, ils sont vachement stables. Ensuite, on a des paires de chaussures classiques même si on les bidouille un peu afin de les mettre en mode vitesse. On a les ailerons qui sont développés par les ingénieurs en soufflerie et que l’on va mettre derrière le mollet. Ils ont un rôle stabilisateur premièrement et aussi un rôle d’optimisation du « Cx », coefficient de pénétration dans l’air, pour améliorer les performances du skieur. On a également la combinaison en latex (lycra et polyuréthane) qui est totalement hermétique et qui ne laisse pas d’air pénétrer à l’intérieur. Elle est ultra-moulante et est réalisée sur mesure selon les mensurations du skieur. On a également le casque qui est développé avec des ingénieurs et qui est taillé selon la morphologie, la position et la façon de skier de chaque skieur.

Quel genre d’entraînement faut-il avoir pour performer en ski de vitesse ?

Il faut s’entraîner physiquement toute l’année car c’est bon pour le moral. Ensuite, au niveau du corps, il faut avoir de bonnes cuisses car le run est court, 17 secondes, mais hyper intense à 250 km/h. On va également essayer d’être ultra gainé avec une bonne ceinture abdominale afin d’avoir la meilleure position possible. Et ensuite, on va essayer de ne pas être trop volumineux car on est un sport aérodynamique. On a tendance à penser que le poids est ce qui permet d’avancer mais oui et non car c’est une donnée physique mais à un moment donné, si on a du poids, on est plus volumineux et on va donc pousser plus d’air dans la descente. C’est pour cela que l’on tente de maximiser ces curseurs et aujourd’hui, je fais 1m83 pour 85 kilos. Pour mon style de ski, c’est un très bon Cx et donc en quelque sorte, mon poids de forme.

Que ressent-on lorsque l’on est en haut de la piste ?

La sensation est dingue ! Dans la vie de tous les jours, on n’a pas d’emprise sur le temps et celui-ci nous file entre les doigts. Là, quand je suis à 250 km/h, tout se fige autour de moi. Je suis dans ma bulle, je file avec mes skis sur la neige et j’ai l’impression que le temps s’arrête et honnêtement, cette sensation, elle est hyper grisante. C’est le seul moment dans ma vie où le temps s’arrête et où je peux penser à plein de choses.

Le danger est toujours dans un coin de ta tête ?

Forcément, on y pense ! Il est présent du début jusqu’à la fin de carrière d’un skieur, on en est conscient. De plus, je suis tombé donc j’ai touché du bout des doigts ce qu’étaient les dangers du ski de vitesse. La veille d’un record du monde, on dort mal, on est stressé, on a la boule au ventre mais avec toute la préparation que l’on a eue, on se lève le matin et on effectue notre routine. Et à quelques secondes du départ, tout cela disparaît au profit de la performance. Néanmoins, si on ne le sent pas avant de prendre le départ, il ne faut pas y aller car là, on se met en danger.

« J'ai même le chalet en face donc quand je suis dans mon salon, je vois la piste. C'est à l'image de la vague de Teahupoo pour les surfeurs. »

Simon Billy

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La piste, parlons-en, celle de Chabrière à Vars. Peux-tu nous en dire plus ? Que représente t-elle pour toi ?

Cette piste est monstrueuse ! Dans le milieu, il y a très peu de skieurs qui partent du sommet. Moi je vis face à cette piste depuis que je suis gamin et donc j’entretiens une sorte de relation spirituelle avec cette piste. L’été, je vais courir dessus, je m’imprègne de l’environnement et l’hiver, je skis dessus. Chabrière fait peur, elle impressionne mais j’ai énormément de respect pour elle. C’est un cadeau de la nature de pouvoir aller chercher des performances à plus de 250 km/h et il n’y a que cette piste au monde qui nous permet ça actuellement.

 

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Met le son à fond ^^👂🏻👂🏻👂🏻⚡️🚀 training, 218 km/h repost from @clubmontagne #makesomenoise #foudevars #speedski

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Aller plus vite et s’emparer du record du monde, ton objectif, cela tient à quoi ?

On peut comparer cela à une finale mondiale ou olympique de 100 mètres en athlétisme sauf que c’est encore plus ingrat. En effet, on dépend de la nature et on va s’entraîner un an pour un seul run de 17 secondes mais il faut que la nature nous donne les conditions idéales. Depuis 2016, le record du monde n’a pas bougé à cause des conditions que cela soit du fait d’un mauvais manteau neigeux ou encore d’une neige qui n’est pas à la bonne température ce qui fait que sous les skis, il ne se passe pas ce qu’il faut pour aller chercher un record du monde. Le skieur de vitesse, il s’entraîne toute l’année pour 17 secondes et il n’est même pas sûr d’avoir ces 17 secondes à la fin de l’hiver. Il faut être patient, méticuleux, travailleur et très motivé.

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Tu as côtoyé en plus de ton père, la championne olympique, Anne-Caroline Chausson. Etre entouré de champions d’exception, cela met la pression ?

Ils ont eu une relation pendant une petite quinzaine d’années. Cela ne mettait pas de pression mais pour une personne qui fait du sport et qui a pour objectif de performer au plus haut niveau, c’est une chance d’évoluer dans un cadre comme cela. C’est inspirant d’avoir Anne-Caroline Chausson qui a gagné une multitude de titres de championne du monde mais qui est également championne olympique de BMX, et en tant que jeune adolescent, j’étais ravi de la côtoyer. Et pour l’anecdote, je suis bidon en vélo (rires) !

Que penses-tu de la notoriété du ski de vitesse en France ? Y a-t-il des pays où c’est différent ?

La notoriété du ski de vitesse en France est minime ! C’est un sport de l’ombre car il n’y a pas une grosse couverture médiatique. C’est compliqué d’organiser des directs sur le ski de vitesse car on dépend de la nature et donc pour pas grand chose, une compétition peut être annulée.

Je n’ai pas le soutien de la part de la Fédération de ski française comme c’est le cas pour les Italiens, les Suédois ou les Autrichiens avec leur Fédération. Après, ce sont des choix politiques et je conteste rien du tout. Aujourd’hui, je suis en équipe de France, je mène ma barque tranquillement mais je n’ai pas les mêmes avantages que mes concurrents. C’est sûr qu’en terme de matériels, cela joue énormément car on se livre à une bataille technologique. Après je n’ai pas à rougir car au niveau aérodynamique, j’ai l’intime conviction que le « clan Billy » est le plus performant du circuit. Le manque que j’ai, c’est surtout au niveau des supports financiers car quand je vais à l’étranger, je dois me payer mon billet, mon hôtel et ce n’est pas le cas des autres skieurs. Mes adversaires n’ont, par exemple, pas le soucis du poids des skis en avion alors que moi, je ne peux prendre que 3 paires de ski car sinon je me fais « allumer » à l’aéroport. Mais j’ai ma structure familiale et cela me convient tout de même très bien.

Peux-tu nous parler de ton rapport à Instagram ? Quelle image de toi souhaites-tu montrer ?

Aujourd’hui, Instagram est le réseau social sur lequel il faut être actif et se faire voir car il est sympa et ensuite pour un sportif, c’est un outil de communication primordial. On est toujours là à regarder les photos que l’on va poster, on a de la chance d’avoir des photographes lors des compétitions donc niveau contenu, je ne suis pas à plaindre…en vidéo, c’est la même chose. C’est un moyen de se faire connaître, de démarcher des partenaires financiers. Pour le grand public, c’est également intéressant pour suivre un athlète, sa vie et ses performances.

Ma communauté, c’est majoritairement des fans de sports d’hiver, qui aiment la montagne et des gens qui m’ont vu à la télévision. J’ai quelques stars du foot et du rugby qui me suivent que j’ai rencontré suite à ma chute dans un centre de rééducation…mais ce sont des potes aujourd’hui.

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BS

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