Méril Loquette, le badiste qui monte à tour de bras

Interview

Méril Loquette, le badiste qui monte à tour de bras

Si le tennis surtout et un peu le ping-pong ont tendance à être les sports de raquette les plus pratiqués en France, pas question de mettre de côté le badminton. Et encore moins le parabadminton qui peut compter sur un ambassadeur de choc !

Le badminton, voilà un sport qui a tendance à se limiter à la plage ou le jardin pendant les vacances ! Et pourtant, plus que de passer un moment agréable et ludique en famille, cette discipline est ultra-impressionnante lorsqu’elle est pratiquée par des professionnels. Sport le plus rapide du monde avec un volant qui peut atteindre près de 500 km/h, le badminton n’en reste pas moins spectaculaire lorsqu’il est joué en handisport. On parle alors de parabadminton et la France possède un champion en la personne de Méril Loquette. Jeune athlète plein de vie, d’humour et amoureux de sa discipline, Beside Sport vous en dit plus sur ce badiste qui monte à tour de bras !

Premièrement Méril, peux-tu te présenter et nous en dire plus sur ta discipline et ton palmarès ?

Je m’appelle Méril Loquette, j’ai 22 ans et je suis joueur en équipe de France de parabadminton. Niveau palmarès, je suis 4 fois champion de France en simple et en double, deux fois vice-champion d’Europe et je suis actuellement 6ème mondial.

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Le sport ça représentait quoi pour le jeune Méril ?

J’ai commencé le sport très jeune, à 3 ans. Ce n’était pas du tout dans le badminton mais dans le judo, un sport que j’ai pratiqué pendant 17 ans. Il y a 5 ans, j’ai découvert le badminton un peu par hasard. J’avais un très bon ami qui était en équipe de France valide et il m’a convaincu d’essayer le badminton en para. Et lors d’une détection, on m’a fait comprendre que cela serait bien que je reste (rires).

Pourquoi cet amour des arts martiaux (Judo, Jujitsu) ?

Premièrement, c’était un peu socio-culturel du fait de mon handicap. Il fallait que je sache me défendre car j’habitais dans un endroit où il fallait plutôt savoir le faire. Mes parents ne voulaient pas que je me fasse « emmerder » et ils ont bien fait car j’ai su me défendre seul. J’ai réussi à prendre ma place notamment grâce au sport. Et vu que j’étais plutôt doué en judo et que le bruit s’était répandu dans les différents collèges, personne n’osait venir me défier sur quelques sujets que ce soit. Deuxièmement, j’adorais la compétition et m’entraîner tous les jours pour être en forme le weekend.

« Quand j'ai commencé à faire les vrais entraînements de badminton, je me suis dit ah ouai, il faut vraiment être complet" »

Méril Loquette

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Pourquoi as-tu tout de suite accroché avec le badminton ?

Au début, j’étais sûr et certain que les sports de combat proposaient les entraînements les plus durs. Et pourtant, je n’avais rien vu de comparable à un entraînement de badminton. En effet, il faut être explosif, rapide, puissant, fort, et c’est cela que je voulais. Qu’à la fin de mon entraînement, au bout d’une heure, je puisse le soir m’endormir rincé et faire une énorme nuit de sommeil.

Il faut savoir que c’est le sport le plus rapide au monde, c’est 3 fois plus rapide que le tennis par exemple. Vu qu’il n’y a pas de rebond, il n’y a pas de temps mort et entre les sets, on a qu’une minute de pause et à 11, on a aussi 1 minute de pause. En temps de jeu effectif, on est à 50 minutes et à fond tout le temps. Afin d’être un bon badiste, il faut tout simplement être bon dans tous les domaines sportifs.

Quelles sont les aptitudes qui sont tout de suite ressorties lorsque tu avais une raquette de badminton à la main ?

J’avais un esprit de compétition infaillible que j’ai développé depuis tout petit et j’ai également de vraies qualités niveau cardio. Je peux enchaîner, enchaîner, je suis également très explosif, très rapide et ce sont les bases du badminton pour performer. Ce sont les choses les plus difficiles à travailler au badminton et heureusement pour moi, c’était assez inné. De mon côté, j’ai dû beaucoup travailler la technique comme savoir bien taper un volant, fixer (retarder sa reprise d’appuis), faire des feintes,…

As-tu été surpris de rapidement remporter des tournois et des titres majeurs en France ?

Oui j’ai été surpris ! Il y a plusieurs catégories d’handicaps donc j’ai tout de suite joué contre des gens qui avaient le même handicap que moi. Et honnêtement, celui-ci est assez minime pour faire du badminton sachant que j’ai mes jambes. Du coup, le niveau se rapproche du haut niveau chez les valides. Au début, forcément j’ai perdu mais j’étais loin d’être ridicule et ensuite tout a été très très vite. En seulement 1 an, je suis passé d’étudiant qui travaillait à mi-temps aux Galeries Lafayette à sportif de haut niveau à plein temps qui part de chez lui pour aller à Bourges afin de s’entraîner 5 heures par jour tous les jours.

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Quel a été ton déclic pour que le badminton fasse partie intégrante de ta vie ?

On a beaucoup discuté avec la Fédération française de badminton mais également avec ma coach. Ils m’ont prévenu que cela serait très stricte niveau entraînement mais également alimentation si je voulais aller au plus haut niveau. Ils pouvaient m’aider mais il fallait que je quitte ma famille et que je passe mon temps à m’entraîner…et j’ai dit ok ! J’ai toujours voulu faire un truc dans le sport depuis tout petit donc le choix a été vite fait.

Au tennis, on évoque souvent le fait qu’être gaucher est un avantage, est-ce le cas aussi au badminton ?

On a des petits coups en plus mais comme je joue contre des personnes, qui ont soit eu un accident ou alors une malformation comme moi, il y a beaucoup plus de gauchers dans ma catégorie que de droitiers…donc ils sont tous forts (rires) !

Peux-tu nous en dire plus sur ton handicap et sur son impact sur ton jeu ?

Le nom scientifique de mon handicap est « agénésie transcarpienne ». C’est un manque de développement des transcarpes, en gros des doigts. Dans mon jeu, cela se matérialise surtout au service car je dois poser le volant dessus et vu que je n’ai pas trop de sensation, je ne sens pas forcément où est le volant ce qui rend le tout assez aléatoire. De plus, quand je suis en revers, je suis assez déséquilibré car je n’ai pas le même poids et je dois contracter en permanence mon bras sinon mon autre bras veut également faire des choses. En fait je suis un gaucher contrarié. Lorsque l’on nait, on est droitier ou gaucher et ce n’est pas le fait de ne pas avoir de main droite qui fait que l’on devient gaucher.

« En Asie, le badminton c'est la vie. Ils naissent avec une raquette de badminton dans la main !  »

Méril Loquette

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Comment expliques-tu que le badminton manque un peu de reconnaissance par rapport au tennis ou encore au ping-pong ?

En Europe, c’est certain pour le tennis ! En Asie, c’est fou, les joueurs de badminton sont des superstars. Et sinon, par rapport au tennis de table, je suis moins d’accord car le badminton est le sport le plus pratiqué au collège et en UNSS. Cela en fait le premier sport scolaire !

Quel est le rapport des Asiatiques au badminton ? Pourquoi sont-ils si forts ?

C’est la folie là-bas ! Je pense que le tennis de table est très populaire en Chine mais en Indonésie, Malaisie ou Japon, le badminton est un sport national. Il y a autant de salles de badminton que de terrains de foot chez nous. Cela explique donc en grande partie pourquoi ils sont si forts. Tout simplement car ce sont des pays avec énormément de population et forcément, il est plus facile de détecter les meilleurs joueurs en imposant une concurrence féroce. Il y a une vraie émulation et une effervescence pour le badminton !

Pour ma part, je trouve cela très important de s’intéresser à ce qu’il se passe là-bas au niveau du badminton et j’en sais quelque chose car j’ai pu faire des stages sur place. On se rend vite compte qu’ils ont une main différente, c’est-à-dire qu’ils sont très relâchés. En France, on est plus ancré sur du tennis donc on joue avec tout le bras alors qu’eux jouent avec un poignet hyper flexible.

Quelles sont les superstars du badminton ?

Il y a le Japonais Kento Momota qui est numéro 1 mondial en ce moment. Il est gaucher et pulvérise tout le monde (rires).

Sinon dans les légendes, il y a le Malaisien Lee Chong Wei et Lin Dan le Chinois. Cela me fait rire car vous ne les connaissez pas alors que là-bas, les gens ont des t-shirts à leur effigie.

 

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‘Full focus on the Legends’ Vision event in the USA this weekend. 💪 @thelegendsvision #thelegendsvision

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As-tu une idole dans le sport en général ?

J’aime beaucoup Teddy Riner !

Tokyo 2020, c’est pour préparer Paris 2024 ou tu y vas pour ramener une médaille ?

En début d’année, je n’étais pas du tout programmé pour y aller et j’ai fait 2 performances qui ont encouragé la Fédération à mettre un peu plus de moyens sur moi. Et depuis le début de la tournée, je suis 6ème mondial et ce sont les 6 premiers qui rentrent pour faire les Jeux. Et vu que j’ai déjà battu le numéro 2 ou numéro 3 mondial, il n’est pas interdit que je fasse une « perf » et que je fasse médaille aux Jeux de Tokyo. Mais l’objectif numéro 1, c’est de se qualifier !

Et hormis le badminton, quels sont tes autres centres d’intérêts dans la vie ?

J’aime beaucoup le sport, la préparation physique ! Sinon j’aime bien la photo, enfin que l’on me prenne en photo (rires) mais aussi la mode. Je vous rassure, pas la mode asiatique (rires) !

Quel est ton rapport aux réseaux sociaux et notamment Instagram ? Quelle image souhaites-tu dégager ?

Je veux montrer qui je suis et notamment un garçon joyeux. J’aime bien faire rire les gens et c’est pour cela que je fais toujours des petites blagues.

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