Le Lifestyle d’une surfeuse pro par Johanne Defay

Interview

Le Lifestyle d’une surfeuse pro par Johanne Defay

Devenir surfeuse professionnelle, voilà un métier qui fait rêver bon nombre de jeunes filles qui s'éclatent sur une planche dans les différents océans du monde entier...et le lifestyle qu'il procure leur donne une énorme envie !

Si Jérémy Florès fait le bonheur de la France et de l’Europe sur le championnat du monde de surf depuis plus d’une décennie, du côté du surf féminin, une certaine Johanne Defay est bien partie pour faire la même chose. En effet, la surfeuse de 24 ans n’en finit pas d’impressionner sur sa planche et s’est fait une place au sein du gratin mondial. Beside Sport a rencontré une jeune fille souriante et sûre d’elle qui nous a parlé du lifestyle d’une surfeuse pro !

La vie quotidienne sur le WCT

Est-ce que la vie de surfeuse professionnelle que tu as pu imaginer plus jeune ressemble à ce que tu vis ?

Pour être honnête oui et non. Il y a un peu de vrai avec le fait de suivre les compétitions, de savoir que l’on est en déplacement tout le temps, que l’on surf des très bonnes vagues toute l’année. Après quand j’étais jeune, je ne me suis jamais vraiment dit « Je veux être à tout prix surfeuse professionnelle ». Cela s’est fait avec les compétitions, les résultats, les sponsors, très rapidement donc…en plus j’avais l’école en parallèle. Honnêtement, aller sur le WCT, c’était un objectif mais même si je connaissais certains noms de surfeuses pros, je ne regardais pas forcément toutes les compétitions. Et en fait, c’est vers 19 ans, une fois que j’ai eu le bac et que j’avais fini l’école, c’est là où je me suis dit que c’était ce que je voulais faire. Je me suis dit : « Je veux être une surfeuse mais surtout une sportive de haut niveau » !

Le voyage fait partie de la carrière d’une surfeuse de haut niveau, est-ce quelque chose que tu apprécies et combien de temps es-tu loin de chez toi pendant l’année ?

9 mois sur 12, je suis loin de chez moi. J’adore voyager mais c’est vrai qu’attendre dans l’avion et les aéroports, ce n’est pas la partie la plus sympa.

Voyages-tu accompagnée ou seule la plupart du temps ?

Accompagnée la plupart du temps soit avec mon copain qui est aussi mon coach. Sinon avec ma mère quand lui ne peut pas et mon père quand ma mère ne peut pas. Je suis toujours entourée de mes proches.

Les avions et les hôtels font partie de ta vie, arrives-tu encore à trouver du plaisir dans ces endroits ? Comment passes-tu le temps ?

Les avions, pas trop quand même. On va même dire que je suis un peu grognon (rires). Pour passer le temps, j’essaie de dormir le maximum pour que ça passe plus vite. Concernant les hôtels, moi j’essaie de ne pas en prendre mais plutôt de récréer un chez moi dans des Airbnb. De cette façon, je peux me faire à manger car quand t’es tout le temps à l’extérieur et que tu dois aller au restaurant, déjà cela coûte plus cher et ensuite tu ne manges pas forcément ce que tu veux. Et puis mine de rien, il faut respecter certains horaires. Par exemple, quand les Américaines viennent en France, elles ne comprennent pas pourquoi un restaurant n’est pas ouvert avant 19h30 car d’habitude à 18h30, elles ont mangé.

Quels sont les sports qu’une surfeuse doit pratiquer afin d’être performante sur sa planche ?

C’est très propre à chacun ! Donc je vais parler pour moi et je pense qu’il n’y a pas beaucoup de surfeuses qui font comme moi (rires). J’avoue que je fais un peu de tout. Je fais de la course à pied, soit en montagne soit des footings et vu qu’à la Réunion, on a pas mal de montagnes, j’aime bien changer d’air. Je fais aussi du vélo de route, du VTT, du skateboard, de la natation, du crossfit, pas mal de musculation et de proprioception. J’adore le yoga mais comme on voyage beaucoup, je ne peux pas toujours emmener mon prof dans mes valises (rires).

 

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Good to be back on trail ! // Ça fait du bien d’être de nouveau sur les sentiers ! #withaview #refresh #GoPro #HERO6 #GoProTravel #MySuperdry

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« Après plus généralement dans le surf, beaucoup sont végans.  »

Johanne Defay

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Au niveau de la nutrition d’une surfeuse, comment cela se passe en compétition ?

C’est équilibré forcément ! Dans notre sport, on n’est pas pesée et il y a des gabarits très différents d’une surfeuse à l’autre. Avant une compétition, je mange des fruits, des légumes. Après c’est vrai que je suis gourmande donc avec mon caractère, je ne peux pas être trop strict là-dessus car sinon je pourrais péter les plombs. Je mange équilibrée mais je n’oublie pas de me faire plaisir.

Beside Sport - Le Lifestyle d’une surfeuse pro par Johanne Defay - La surfeuse australienne Stephanie Gilmore née en 1988 -

La surfeuse australienne Stephanie Gilmore née en 1988

Relations sur le WCT

Comment sont les relations entre les meilleures surfeuses du monde ?

Forcément, on a plus d’affinités avec certaines qu’avec d’autres car il y a différentes personnalités. Après, dans l’ensemble tout le monde est hyper sympa que cela soit chez les garçons ou chez les filles. Après une Steph Gilmore se mélange un peu moins mais c’est sans doute dû à son âge (30 ans). Et puis les pros voyagent souvent avec leurs proches car ce sont des longues périodes. On peut rester 3 semaines à un endroit pour surfer seulement 3 heures en compétition. Il y a énormément d’attente et c’est pour cela que la famille ou les amis sont très présents.

Beside Sport - Le Lifestyle d’une surfeuse pro par Johanne Defay - Pauline Ado (à gauche) et Bianca Buitendag (à droite) - Pauline Ado (à gauche) et Bianca Buitendag (à droite)

Quelles sont les surfeuses avec qui tu t’entends le mieux ?

Il y avait Pauline Ado, une Française, mais aussi Bianca Buitendag, une Sud-Africaine, avec qui je passais beaucoup de temps. Malheureusement, cette année, elles ne sont pas là du coup je me suis beaucoup rapprochée de Carissa Moore. Elle est super sympa, on a un peu le même rythme et on voit un peu les choses de la même façon.

Tu parles souvent de Carissa Moore en tant que modèle, qu’a t-elle de plus que les autres ?

C’est un modèle dans son surf car pour moi, c’est la meilleure. Elle surf vraiment comme un mec, elle est puissante, elle a du surf classique et de l’innovation. Je peux vous assurer qu’il y a beaucoup de mecs qui n’aimeraient pas tomber contre elle (rires). Et en plus, c’est quelqu’un de très simple !

 

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Some cool moments from yesterday at the #surfranchpro ❤️ pics : @badboyryry_ @tallteef

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Comment sont les relations avec les surfeurs du WCT ? Y a-t-il beaucoup d’histoires de cœur ?

Je ne connais pas tous les ragots (rires) et personnellement, cela ne m’a pas touché. Au final, chez les filles, on est plus jeune car on arrête notre carrière plus tôt et forcément il y a une différence d’âge avec les garçons. De plus, beaucoup de garçons ont leur petite famille et voyagent sur le Tour avec femmes et enfants. Mais il y a quand même Tatiana Weston-Webb et Jesse Mendes, Caio Ibelli et Alessa Quizon…le couple phare Alana Blanchard et Jack Freestone. Donc oui, il y en a évidemment mais après je trouve qu’il pourrait y en avoir plus (rires).

« Mais c’est surtout que les surfeurs, ils aiment les mannequins ! »

Johanne Defay

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L’aspect financier

En 2019, la WSL a annoncé que surfeurs et surfeuses auront les mêmes primes en compétition. Quelle avancée ! Quelle a été ta réaction à cette annonce ?

On a tous été méga surpris. En fait, ils nous ont annoncé cela 1h avant la conférence de presse pour avoir cet effet surprise. Ils nous ont dit « Demain, réunion importante » donc nous on se demandait ce qu’il se passait. Et honnêtement toutes les surfeuses, la journée même et le lendemain, on était complètement déboussolée mais aussi excitée.

Forcément, cela nous ramène à ta propre histoire en 2015 et au fait que tu as eu recours au crowdfunding pour pouvoir continuer ta carrière sur le WCT. Que retiens-tu de cette période ?

Plein de choses, c’est un peu ce qui m’a construite quand même. Je pense même que si je n’étais pas passée par là, je ne sais pas si j’aurais pu avoir la carrière que j’ai eu par la suite. Le crowdfunding en lui-même, ça a été super car en 4 jours, on avait déjà le financement que l’on avait demandé et puis plein de gens m’envoyaient des messages. J’ai encore actuellement des partenaires, hors surf, de cette époque : « TimSpirit » et un cabinet d’avocats « CGCB ». Ils n’ont pas forcément beaucoup de choses à y gagner mais notre relation est forte depuis 2015.

Avec ton niveau exceptionnel dans un tel sport, comment expliques-tu que les sponsors de renom ne se précipitent pas à ta porte ? Si tu étais australienne ou brésilienne, cela serait différent ?

C’est clair qu’en tant que française, c’est différent. Il n’y a pas la même culture du sport d’abord et du surf ensuite. Le surf en France n’est pas très populaire et cela explique beaucoup de choses. Je pense clairement que cela serait différent si j’étais d’une autre nationalité. J’avais lu une interview de Steph Gilmore qui parlait de moi et qui disait : « Si Johanne Defay était australienne, elle n’aurait jamais été dans cette situation ».

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L’image des surfeuses

Les surfeuses sont-elles trop dépendantes de leur image ?

Je pense qu’aujourd’hui, n’importe quel sportif est dépendant de son image. Dans les contrats, il y a « combien de likes », « combien de followers », « combien de machins »…cela a même dépassé l’aspect performance et sportif.

Que penses-tu de la « sexytude » assumée de certaines surfeuses ?

C’est compliqué (souffle) ! On est surfeuse, on surf en maillot la plupart du temps quand c’est dans de l’eau chaude. Je suis la première à surfer en maillot, je ne vais pas me mettre en combi à cause d’une photo où je serais en maillot. Honnêtement, sur les réseaux sociaux, que tu sois surfeuse ou pas, quand tu montres tes fesses, t’as tout de suite plus de followers…c’est comme ça. Même moi, et je fais de mon mieux car c’est compliqué de ne pas montrer grand chose, quand on aperçoit une partie de mes fesses, j’ai plus de 5000 likes. Après je ne vais pas mentir, il y a des surfeuses qui jouent là-dessus mais de mon côté, ce ne sont pas des valeurs que j’ai envie de véhiculer. C’est juste une question personnelle !

Certaines filles se servent du surf pour devenir mannequin, penses-tu que cela fait du mal aux pros ?

C’est de la folie (souffle) ! Après, c’est les marques au final car une surfeuse pro, elle a besoin de 80 000 euros pour pouvoir participer au Tour d’un point de vue logistique ce qui est une somme. Et donc une fille qui surf un peu et qui rend bien en photo, elle coûtera sûrement moins cher. Les retombées seront les mêmes pour la marque car avec les réseaux sociaux, n’importe qui peut se créer une image et la performance devient anecdotique. C’est aux marques de savoir ce qu’elles veulent représenter !

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La Reconversion

Kelly Slater a 46 ans et est toujours sur le Tour, la carrière d’une surfeuse peut-elle durer aussi longtemps ?

Je pense que oui ! Après comme dans n’importe quel sport, les filles ont ce côté maternel vers 30/35 ans qui se déclare. On a alors envie de se poser, d’avoir une famille et la pratique du surf de haut niveau en même temps, cela est impossible. Pour une surfeuse, continuer jusqu’à 45 ans, cela veut dire, faire une croix sur sa vie de famille !

A quoi ressemble la reconversion pour une surfeuse ?

Franchement je n’en ai aucune idée ! Pour ma part, j’adorerais être prof de yoga (rires). Je veux rester dans le sport.

Surfeuse pro est-il le meilleure lifestyle au monde ?

Je pense que l’on en n’est pas loin !

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