Le Dakar vu par le copilote Mathieu Baumel

Interview

Le Dakar vu par le copilote Mathieu Baumel

A deux jours du départ de la 41ème édition du Rallye Dakar, Mathieu Baumel, copilote et parmi les favoris de l'épreuve aux côtés de son pilote Nasser Al-Attiyah nous livre son sentiment sur cette course mythique !

Mathieu Baumel est un copilote trop peu connu comme on avait pu vous le dire dans notre précédent article (à lire ici)…mais voilà que la période du Rallye Dakar va lui permettre d’être sous le feu des projecteurs ! En effet, à un jour du grand départ, il va tenter avec son pilote Nasser Al-Attiyah de décrocher un deuxième trophée dans cette épreuve mythique après celui de 2015. Mais avant de voir si le succès sera au rendez-vous pour cette paire aussi complémentaire dans un cockpit qu’amis dans la vie, Beside Sport a décidé d’interroger Mathieu sur sa vision du Dakar, lui qui va le disputer pour la 12ème fois !

« Lors de mon premier Dakar en 2005, j'étais un peu perdu et j'en ai chié pendant 15 jours. Je me demandais ce que je faisais là ! »

Mathieu Baumel

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Premièrement, le mot « Dakar » cela évoque quoi pour toi ?

Depuis toujours, c’est l’aventure ! Lors de mon premier Dakar en 2005, j’ai passé 15 jours affreux car je découvrais tout. Imaginez, il faut traverser le désert pendant 2 semaines sans jamais vraiment voir personne, surtout en Afrique où on était jamais dans une grande ville sans téléphone ou de connexion à quoique ce soit donc on était vraiment dans une bulle. Et honnêtement, lorsque cela s’est fini à l’époque, la première chose à laquelle j’ai pensé, c’est comment faire pour revenir l’année prochaine et participer encore. C’est une aventure humaine et mécanique extraordinaire et 13 ans après, je suis encore là malgré une édition ratée.

Plus jeune, est-ce une course que tu suivais particulièrement ?

Clairement non ! Moi j’étais plutôt montagne et c’était le ski ma discipline et à aucun moment, j’avais vraiment pensé faire de la course automobile.

Quel est le premier grand moment dont tu te souviens devant le Dakar ?

Stéphane Peterhansel forcément…par rapport à sa carrière, ses victoires, ses aventures et ce qu’on nous a montré de lui à la télévision. Mais c’est aussi cette fameuse arrivée sur le lac Rose qui est quelque chose d’extraordinaire mais aussi un aboutissement. Quand tu partais d’Europe et tu te disais, je vais jusqu’au Lac Rose, c’était incroyable. Et enfin les images du désert en Mauritanie avec la passe des éléphants.

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Tu as disputé ton premier Dakar avec Guerlain Chicherit en 2005, peux-tu nous parler de cette expérience ?

Déjà, on partait tous les jours dans l’inconnu ! Aujourd’hui, j’ai une méthode de travail qui me permet de préparer beaucoup de choses avant de partir. A l’époque, on était arrivé là la fleur au fusil et on allait bien voir ce qui allait se passer. Alors, bien sûr, on avait bien bossé notre sujet mais on ne s’imaginait jamais que cela serait aussi compliqué que ça. Pour l’anecdote, lors de notre premier départ qui se déroulait sur une plage à Barcelone, il y a eu de nombreux concurrents qui ont abandonné car ils n’arrivaient pas à passer les petits obstacles en sable qu’ils avaient artificiellement recréés. Et alors je me suis dit : « Mais comment ces gens-là ont pu penser traverser le désert et aller jusqu’à Dakar ». On a passé ces épreuves là mais on a tout de même dormi une nuit dans le désert, on a fait 3 tonneaux avec notre voiture donc du coup un peu de mécanique, on a traversé des fleuves, des étendues désertiques et vraiment c’était hyper difficile. Et pourtant, c’était une super expérience et elle restera gravée à jamais dans ma mémoire.

La peur est-elle au rendez-vous lorsque l’on fait le Dakar ?

Toujours et tu dois avoir cette peur là car c’est ce qui te permet d’être toujours ultra-concentré et d’éviter les gros pépins. Parfois, on flirt un peu trop avec la limite mais si tu n’as pas cette petite boule au ventre avant de partir, tu n’es pas vraiment prêt à affronter ce qu’il va arriver. Pour ma part, cette appréhension, elle est surtout présente les 2 premiers jours. Pour pouvoir se motiver toujours plus, elle est indispensable.

On parle souvent du danger de la montagne, de la mer,…qu’en est-il du désert ?

C’est la même chose en fait : « Pour résumer la nature est toujours plus forte que toi » ! Quand tu es en train d’affronter ta dune, tu ne sais pas ce qu’il y a derrière et ce qu’il va se passer. C’est aussi dangereux de partir faire du hors-piste avec tes skis que de traverser le désert en voiture dans les dunes comme on le fait. C’est vrai que t’es un peu mieux protéger dans une voiture, surtout avec une sécurité toujours plus forte, mais c’est la même chose. Après sur ce qu’il peut nous tomber dessus dans le désert, déjà il faut être au top physiquement pour être endurant, il y a également la mécanique de sa voiture qui à tout moment peut être défaillante et selon l’endroit où tu te trouves, cela peut-être plus ou moins dangereux. Et la sensation de nulle part est très présente, un peu comme un navigateur qui ferait le Vendée Globe. C’est vraiment un milieu hostile et à chaque départ, tu sais que tu pars à la guerre !

« Quand tu regardes autour de toi, tu sais qu'à 20, 30 ou 50 kilomètres, il n'y a pas un point de vie ! »

Mathieu Baumel

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Comment est l’ambiance sur le Dakar entre les concurrents et les autres catégories ?

Je trouve que l’ambiance est vraiment très bonne entre tous les concurrents. D’ailleurs, dans le règlement, on peut s’aider entre concurrents et c’est donc la seule discipline où on peut faire ça. Et on le fait tous les jours, car on sait que c’est extrêmement dur donc lorsque l’on voit quelqu’un dans la galère, et même si c’est un concurrent direct, on se doit de l’aider. Bien sûr, on est là pour gagner donc entre les 10 premiers du classement, il y a un peu moins d’entraide mais c’est toujours avec beaucoup de respect. Et une fois que la spéciale est finie, c’est 100 % d’aide entre concurrents car sinon, c’est tellement compliqué que personne n’arriverait au bout.

Concernant les motards, ils ont une vie un peu différente car ils partent très très tôt le matin. Du coup, ils se couchent tôt le soir et commencent à travailler avant nous donc on a du mal à se côtoyer. Mais avec les autres catégories, on se voit pas mal et l’ambiance est très bonne. Je ne pense pas qu’il y ait ça dans beaucoup d’autres disciplines automobiles. En WRC, par exemple, il n’y a pas du tout d’ambiance entre les participants.

Peux-tu nous raconter une journée type lors d’une étape du Dakar ?

C’est répétitif mais une journée type, c’est : Levé à 6h du matin, petit-déjeuner (soit le cuisinier de l’équipe soit le catering officiel du Dakar)/vérification que tout ce qu’on a demandé aux mécanos de faire sur notre voiture pour la spéciale du jour a bien été fait, on ne mange pas le midi donc le petit-déjeuner est copieux et très important, départ 7h puis liaison jusqu’à la spéciale (elle peut faire 50/100 km), spéciale chronométrée, puis retour au bivouac avec une autre liaison. On est de retour au bivouac vers 15, 16 ou 17h, cela dépend de la journée et de la distance à effectuer. C’est à ce moment là que je récupère mon « road book » du lendemain, puis retour à notre assistance, débrief de la journée avec les mécaniciens, la logistique et les ingénieurs et voir avec eux ce qu’il faut changer et préparer pour le lendemain. Ensuite, on a une petite demi-heure pour faire du kiné et du physio car la journée est très éprouvante physiquement que cela soit à cause de la chaleur mais surtout des chocs que l’on encaisse toute la journée. Une fois cela effectué, on fait le repas du soir assez tôt afin de mieux digérer et de bien dormir pour démarrer la boucle le lendemain. Et enfin j’attaque le « roadbook ».

En fonction des kilomètres, cela me prend 3 ou 4h de préparation, en gros 100km de l’heure. Suite à cela, nous avons des personnes, qui travaillent pour nous, qui essaient d’imaginer la trace sur une carte. Aujourd’hui, cela se fait par ordinateur par Google Earth ou d’autres systèmes compétents. Par après, je vais faire la corrélation « roadbook/Carte » pour essayer d’imaginer ce que je vais rencontrer le lendemain et cela peut prendre toute la nuit. Néanmoins, j’essaie de me coucher à minuit si je peux et ma deadline est 1h du matin afin que je puisse au moins dormir 5 à 6h car sinon le lendemain je n’y arrive pas. Ce sont donc de très très longues journées et je sais que je vais vivre ça pendant 15 jours.

Est-ce un crève-cœur pour tous les concurrents d’avoir quitter l’Afrique ?

Oui et non ! C’est sûr que l’Afrique proposait des paysages hors du commun mais que finalement, on retrouve sous d’autres formes en Amérique du Sud avec des passages dans la Cordillère des Andes lorsque l’on faisait Argentine-Chili ou inversement, monter à 5000 mètres et traverser le Salar d’Uyuni en Bolivie ou encore le désert d’Atacama, qui est le plus aride du monde, arriver au Pérou avec du sable beaucoup plus compliqué que ce que l’on trouve en Mauritanie. Je pense que c’est le côté émotionnel qui ressort quand on évoque l’Afrique car côté course, il n’y a pas de différences. C’est aussi dur des deux côtés et au final, c’est le même niveau de bataille quelque soit le pays.

Quel pays est pour toi le plus intéressant pour la course en Amérique du Sud ?

Ils ont tous un peu leurs spécificités mais je dirais l’Argentine quand même. Déjà par rapport au public, ils ont une vraie notion du sport automobile et ils sont là pour nous suivre et nous supporter. Les premières années, des millions d’argentins se déplaçaient pour nous voir et cela, on ne peut le voir que là-bas. Il n’y avait pas un tel engouement en Afrique car pour eux, le sport automobile, c’est vraiment exotique alors qu’en Amérique du Sud, ils en sont fanas quelque soit la discipline pratiquée.

Pourquoi le Dakar a t-il perdu de sa superbe alors que de grandes courses comme les 24h du Mans ou d’autres sont toujours autant suivies ?

Je ne sais pas si le Dakar a vraiment perdu de sa superbe et en plus cette année, il y a beaucoup plus d’inscrits que ces dernières années. Après ce qu’il s’est passé, c’est qu’avec l’histoire du décalage horaire, la couverture médiatique européenne a été plus difficile. Du coup, on ne voyait que les premiers arrivés et ce que les gens recherchent, selon moi, c’est vraiment de voir les amateurs et leurs aventures humaines. Honnêtement, je pense que le décalage horaire a fait beaucoup de mal au Dakar. Ensuite, le sport automobile pâti également des histoires de pollution et d’émission de CO2 et tout cela a fait beaucoup de mal à l’image du Dakar. Malgré tout cela, le Dakar est toujours là et reste la course la plus dure. Pour moi, elle est aussi mythique que les 24h du Mans ou Pikes Peak.

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Que faudrait-il faire pour que le Dakar revienne sur le devant de la scène comme il y a quelques années ?

Je ne me suis jamais vraiment posé la question mais c’est aujourd’hui très compliqué car tout évolue et pas forcément dans le bon sens. Aujourd’hui, les gens cherchent à vouloir faire avec de l’actuel ce qu’il se passait il y a 20 ans et cela est impossible. Honnêtement, je n’ai pas la réponse pour redynamiser le Dakar mais c’est sûr qu’il faut prendre en compte les nouvelles technologies et le fait que les gens ont envie d’avoir toujours plus d’images et plus d’informations. Alors on leur en donne mais je ne pense pas assez et le tout en restant sur des schémas un peu ancien.

Que peut-on te souhaiter et à ton pilote Nasser Al-Attiyah pour l’édition 2019 ?

Il n’y a qu’une chose à nous souhaiter, c’est la victoire !

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