Enzo Giorgi, le futur de l’escrime handisport française

Interview

Enzo Giorgi, le futur de l’escrime handisport française

Valide ou invalide, voilà une question qu'Enzo Giorgi ne s'est jamais posé et qui n'a jamais eu lieu d'être pour une seule et bonne raison : "Il veut être un athlète de haut niveau et s'offrir le plus beau palmarès possible ! "

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A 19 ans, Enzo vit dans le présent mais ne pense qu’au futur et en particulier aux Jeux Paralympiques de Paris en 2024 ! En effet, ce jeune homme représente l’avenir de l’escrime handisport française et ne rêve que de médaille à domicile. Actuellement aux portes d’une équipe de France, à laquelle il a déjà goûté, Enzo se sait un peu juste pour Tokyo en 2020 même s’il va tout faire pour se donner une chance. Afin d’en savoir plus sur son parcours et sur son amour de l’escrime et du sport de haut niveau, Enzo nous a parlé avec une franchise, une innocence et une passion qui caractérisent ce jeune athlète qui voit loin et grand !

Premièrement Enzo, peux-tu te présenter ? Quel âge as-tu ? Quelle discipline pratiques-tu et quel est ton palmarès ?

Je m’appelle Enzo Giorgi, j’ai 19 ans, je fais de l’escrime handisport depuis maintenant 4 ans. Concernant mes titres principaux, ce sont vice-champion du monde juniors, une médaille en Coupe du monde par équipe avec les seniors, un titre de champion de France N2 au sabre et j’ai aussi fait 3ème par équipe aux championnats du monde avec l’équipe de France juniors.

Peux-tu nous parler de ton handicap et de comment celui-ci s’est déclaré ? Quels sont les symptômes ?

Mon handicap, on peut le résumer d’une façon très simple : c’est une raideur au niveau de la jambe gauche qui la rend un peu moins mobile et un peu moins agile qu’une jambe valide. C’est pour cela que faire de l’escrime debout avec tous les déplacements que cela implique, cela devenait trop compliqué pour moi. Néanmoins, j’ai pu le compenser jusqu’à un certain niveau mais pour faire du haut niveau contre des adversaires avec leurs deux jambes qui fonctionnaient parfaitement, c’était injouable. C’est pour cela que je suis passé en handisport et ainsi pouvoir performer le mieux possible et atteindre les sommets dont je rêvais.

Comment as-tu découvert l’escrime ? 

J’ai découvert ce sport grâce à mon papa qui était lui-même escrimeur et qui est désormais entraîneur. Après avoir testé pas mal de disciplines sportives comme le football, le rugby ou même la pétanque, rien ne m’emballait vraiment et du coup j’ai essayé l’escrime sur les conseils de mon père. Rapidement, je me suis fait des amis et j’ai aimé ce côté duel et adversaire direct en face de moi. Maintenant, cela fait 13 ans que je pratique ce sport de manière régulière.

Pourquoi avoir choisi l’épée plutôt qu’une autre arme ?

Mon arme de prédilection, c’est l’épée car mon club, la Société Escrime de Nîmes, est un club d’épéistes. Après pour la sélection aux Jeux paralympiques, il fallait faire une deuxième arme, j’ai donc choisi de faire du sabre. J’ai commencé cette arme en début d’année et j’ai réussi à faire champion de France N2 (une sorte de deuxième division).

La différence entre l’épée et le sabre, c’est que le sabre est l’arme du cavalier par excellence. Ainsi, vu qu’il y avait le cheval et qu’à l’époque, on avait pas le droit de toucher l’animal, on pouvait donc simplement toucher le buste. Mais vu qu’en handisport, toutes les armes font que l’on peut toucher que le haut du corps, ce qui différencie le sabre et l’épée, c’est qu’au sabre, on peut toucher avec le tranchant (côté du sabre), le contre tranchant et la pointe du sabre. C’est également une arme de convention ce qui signifie que c’est l’attaque qui a toujours raison. C’est celui qui attaque en premier qui aura le point si les deux touchent en même temps. Alors qu’avec l’épée, l’arme que j’aime le plus, on peut toucher le haut du corps et la pointe. Si les deux touchent en même temps, les deux marquent le point.

Quelles sont les difficultés que tu retrouves dans ta pratique de l’escrime par rapport à ton handicap ?

La problématique, c’est qu’avec une jambe moins mobile, j’allais moins vite que les autres. Et j’étais également fatigué plus vite car je devais le compenser en fournissant des efforts supplémentaires. Au début avec une technique un peu supérieure, je pouvais me débrouiller mais contre des adversaires qui avaient une bonne technique et un gros physique, je ne pouvais pas rivaliser tout au long d’une compétition. C’est pour cela que je m’arrêtais toujours au milieu du classement et que je n’arrivais pas à aller plus haut.

Lorsque tu tirais avec les valides, étaient-ils au courant de ton handicap ?

Je ne leur ai jamais posé la question ! Ensuite, vu que mon père est un maître d’armes, relativement connu dans le milieu, j’imagine que les autres maîtres d’armes étaient au courant et donc les tireurs sûrement aussi. Après je composais avec et j’avais un style peut-être moins académique au niveau de mes pieds mais c’était comme cela.

Quand as-tu choisi de t’orienter vers le handisport ? Qu’as-tu ressenti ?

Pour dire les choses très clairement et sincèrement, pour moi le handisport, c’est une discipline avec un fauteuil roulant, qui ne roulait même pas d’ailleurs (rires). Il a fallu que je franchisse le pas et que je me dise que ça pouvait valoir le coup même si j’avais l’impression que ce n’était pas de l’escrime. Mais lorsque que je me suis rendu compte que tout ce que les gens ne faisaient pas, c’était le buste qui le faisait et qu’à part ça, le jeu ainsi que le but étaient les mêmes, c’était du sport, le même sport, simplement adapté pour les personnes en situation de handicap. Surtout, le sport de haut niveau qu’il soit pratiqué en valide ou en handisport reste du sport de haut niveau avec toute l’implication que cela demande.

Ce qui était avant un handicap chez les valides et aujourd’hui un avantage dans le handisport ?

Une fois que l’on m’a enlevé ce handicap, qui n’a jamais aussi bien porté son nom (rires), je savais , que la limite physique que j’avais, n’avait plus lieu d’être. Je n’avais donc plus de limite à mon jeu et mon évolution et je devais juste m’entraîner pour pouvoir perfectionner ma technique, ma tactique et mon physique. J’avais acquis une grande expérience lorsque j’étais chez les valides et je devais juste m’adapter au fauteuil, à sa prise en main et également apprendre le mouvement de balancier que l’on doit avoir avec son buste.

Quel est ton plus beau souvenir sportif jusqu’à présent ?

Mon plus beau souvenir sportif, c’est lorsque j’ai été vice-champion du monde junior, c’était incroyable ! Je ne dirais pas que c’était inespéré car j’y pensais très fort mais je n’ai pas tout de suite réalisé ce que j’avais accompli. Mais aujourd’hui, avec deux championnats du monde de plus dans les jambes, je me rends bien compte que c’était une performance folle…car c’est vraiment dur (rires).

Tu commences de plus en plus à tirer avec des seniors, quelle est la différence avec les juniors ?

L’une des premières différences est la dimension physique mais aussi la dimension tactique qui est plus élaborée. Le junior a tendance à être plus fougueux quand le senior est plus réfléchi. Ainsi, le senior sanctionne la moindre erreur ce qui n’est pas forcément le cas chez les juniors où tout le monde fait des petites erreurs. Les juniors sont un peu plus dans le jeu alors que le senior est plus expérimenté et a une meilleure connaissance du match.

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Paris 2024, cela te fait rêver ?

C’est clairement un rêve ! A Paris, en France, je pense que je vais louer 3 bus pour faire venir tout le monde et que tout Nîmes soit à Paris. Ce n’est pas à domicile car chez moi, c’est à Nîmes mais c’est le plus grand évènement sportif au monde, hormis la Coupe du monde de foot, je pense. J’ai dû mal à l’expliquer car les Jeux, c’est grandiose et il n’y a pas mieux pour la majorité des sportifs. C’est le graal !

Nîmes, cela représente quoi pour toi ?

C’est ma ville de toujours, mon club de toujours…il y a la Feria, le club de foot du Nîmes Olympique, la Corrida, je suis un vrai nîmois. Nîmes, c’est là où je me sens bien avec le beau temps notamment !

Comment se passe la recherche de sponsors lorsque l’on est athlète handisport ?

C’est comme pour les valides, c’est le parcours du combattant ! Il faut démarcher, faire des dossiers partenaires,…Il faut que notre histoire plaise à des sociétés ou parfois à des particuliers. Et clairement sans les partenaires que j’ai aujourd’hui, cela serait très délicat de pouvoir pratiquer mon sport dans les bonnes conditions. Donc merci à Malakoff Mederic et le département du Gard qui sont mes deux plus gros partenaires à l’heure qu’il est !

Quel rapport as-tu envers ton image et les réseaux sociaux tels que Instagram ?

C’est un bon moyen pour développer sa notoriété car aujourd’hui, pratiquement tout le monde est sur les réseaux. Selon sa tranche d’âge, il y a des réseaux pour chacun. Mais clairement, c’est une super opportunité pour un sportif de haut niveau pour se faire connaître car tout va très vite. On peut développer son image, son sport en montrant son quotidien et ses « insides » !

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BS

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