Arthur Guérin-Boëri, un apnéiste pas comme les autres

Interview

Arthur Guérin-Boëri, un apnéiste pas comme les autres

L'apnée, voilà une discipline qui fascine autant qu'elle effraie. Néanmoins, certains sportifs ont décidé d'en faire une passion puis un métier, c'est le cas d'Arthur Guérin-Boëri !

Posséder un gêne aquatique, voilà bien ce qui pourrait caractériser Arthur Guérin-Boëri et son attirance inexorable pour l’eau ! En effet, très tôt, celui-ci comprend qu’il a un rapport particulier avec cet élément et malgré des études d’ingénieur du son, il finit par se retrouver dans un club d’apnée. Habitant en région parisienne, la possibilité de découvrir les fonds marins est rapidement écartée et c’est ainsi qu’il découvre l’apnée indoor. Rapidement, le don d’Arthur saute aux yeux de son club, du staff de l’équipe de France et enfin à ceux du monde entier avec des records et des titres à la pelle. Aujourd’hui, Arthur est l’apnéiste le plus titré de France et a de nombreux projets en cours qui risquent bien de vous éblouir dans les mois à venir. D’ici là, découvrez Arthur Guérin-Boëri, un apnéiste pas comme les autres !

Arthur, te souviens-tu plus jeune jouer seul ou avec des amis à celui qui retient le plus longtemps sa respiration dans le bain ou dans la piscine ?

J’ai le souvenir de l’avoir fait de mon côté et de me rendre compte que je pouvais rester super longtemps sous l’eau. Honnêtement, cela me faisait vachement peur et je me demandais si c’était normal. Après, j’ai pas le souvenir d’avoir fait ce genre de compétition avec des potes. Le fait que j’étais capable de garder ma respiration longtemps sous l’eau était assez confidentiel et je n’en avais parlé à personne. Mais j’ai fini par découvrir que d’autres personnes avaient cette « anomalie » et que je n’étais pas seul dans ce cas.

Tu as pratiqué le basketball, quel souvenir retiens-tu de cette période ? Est-ce un sport que tu suis toujours aujourd’hui ?

Je ne suis plus du tout le basketball mais j’étais un grand fan de ce sport à l’époque du primaire. Par exemple, je collectionnais les cartes de basket. Comme je mesurais déjà 1m92 à 14 ans, le basket s’est présenté à moi assez naturellement et je jouais pivot. J’adorais ce sport car je jouais plutôt pas mal (aidé par ma taille)…c’est surtout pour cela que j’aimais bien cette discipline (rires). J’aimais bien aussi le fait que cela soit un sport urbain qui se pratique avec seulement un panier et un ballon. Pas besoin d’un grand terrain de football. Aujourd’hui, je ne joue plus et je ne suis plus du tout ni la NBA ni l’Euroleague même si lorsque je tombe devant, je prends du plaisir à regarder.

« Les sportifs qui sont les meilleurs dans leur domaine sont faits pour cela, même génétiquement et morphologiquement...et c'était le cas avec l'apnée pour moi ! »

Arthur Guerin-Boëri

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Quel est le rapport que tu as à l’eau depuis tout jeune ?

En fait, j’ai découvert l’apnée en vacance quand j’étais gamin. Je plongeais depuis tout petit dans ma ville natale, Nice mais aussi en Corse nous nous rendions chaque été. J’ai des souvenirs, à 6-8 ans, où je batifolais. Je mettais la tête sous l’eau, je regardais les poissons, c’est un univers qui m’a toujours fasciné et dans lequel, je me sentais super bien. Ensuite, j’ai été vachement marqué par le Grand Bleu, le film de Luc Besson. J’ai finalement compris qu’il y avait une poésie et tout un univers autour de cet élément que d’autres ressentaient aussi comme moi. Ce film m’a parlé et présentait un état d’esprit qui me correspondait. Depuis le jour où je l’ai vu, cela a plané dans mon inconscient et ce pendant toute mon adolescence. Lorsque j’ai commencé à pratiquer l’apnée, j’ai très vite compris que j’avais des capacités hors-normes.

Comment on se dit, à 27 ans, que l’on a envie de faire des compétitions d’apnée ?

J’ai repris le sport sérieusement après mes études d’ingénieur du son à Paris et instinctivement je me suis remis à nager. J’ai voulu trouver un coach et j’ai donc cherché sur internet. En cherchant je me suis demandé s’il n’existait pas des clubs d’apnée. Innocemment, j’ai tapé « club apnée Paris » sur Google et je me suis rendu compte que c’était un sport en pleine explosion et surtout que quasiment toutes les piscines municipales hébergeaient un club d’apnée. Je les ai donc appelé les uns après les autres et le premier qui m’a accueilli, j’y suis allé. Au début, je n’avais pas l’ambition de faire de la compétition. C’était par curiosité et potentiellement une grosse découverte pour moi. J’ai donc fait mon baptême au club « Apnée passion » à Montreuil, où je suis toujours d’ailleurs, et là j’ai tout de suite senti que j’avais trouvé quelque chose qui me passionnait.

J’ai fait une première année d’apnée découverte/loisir, c’est ce que pratique 90 % des licenciés d’apnée. C’est cool et on ne sort pas vraiment de sa zone de confort. Et vu que j’avais tapé dans l’oeil des coachs au terme de cette année, on m’a proposé d’intégrer le groupe compétition. J’ai multiplié les entraînements, je suis passé à 3 entraînements par semaine mais ceux-ci étaient beaucoup plus durs. Je me suis donc retrouvé à faire des compétitions départementales et régionales. Mes résultats m’ont permis d’aller aux championnats de France et là-bas je me suis fait repéré par le staff de l’équipe de France en juin 2013. En terminant vice-champion de France, ils m’ont proposé d’aller aux Mondiaux en août qui étaient organisés à Kazan en Russie. Forcément, j’ai accepté et c’était un rêve qui se réalisait.

En plus, ce n’était pas forcément une période évidente pour moi car sur le plan professionnel j’avais du mal à me réaliser dans un métier que je respecte mais qui ne me plaisait pas tant que ça, j’étais chauffeur de maître dans les palaces parisiens. Cette vie n’était pas du tout faite pour moi, j’avais envie de parcourir le monde, d’aller dans les océans et de faire des choses extraordinaires.

Je me suis donc retrouvé à Kazan et j’ai terminé champion du monde avec un nouveau record du monde à la clé. Et depuis, tous les ans, je ramenais entre 1 et 2 médailles d’or à la France. J’en ai eu 5 entre 2013 et 2016.

Beside Sport - Arthur Guérin-Boëri, un apnéiste pas comme les autres - Crédit Alex Voyer - Crédit Alex Voyer

Tu t’es spécialisé dans l’apnée dynamique. Peux-tu nous expliquer cette discipline ?

Il y a deux disciplines principales dans l’apnée : l’apnée « outdoor », en mer, verticale et l’apnée « indoor » qui se pratique en piscine et on fait de la distance à l’horizontale. Sur l’apnée indoor, on a aussi l’apnée statique qui se fait sans bouger et pour laquelle c’est simplement le temps qui passe.

L’apnée vient de la mer et était, à l’origine, pratiquée par des cueilleurs d’éponges, des chasseurs, qui se sont mis à faire des compétitions pour se tirer la bourre entre-eux et départager celui qui allait le plus profond. Alors oui c’est un sport de mer mais celui-ci s’est développé énormément et inévitablement, il y a plus de gens qui vivent loin des côtes que près des côtes. Donc au début, pour tous ceux là, le seul moyen de pratiquer l’apnée, c’était en piscine. Des clubs d’apnée en piscine sont nés et des chasseurs, des plongeurs en bouteille voulant se perfectionner, ont fini par s’inscrire. Depuis, l’engouement est assez incroyable et aujourd’hui, les clubs de plongée bouteille se font même souvent bouffer par leur section apnée. Les clubs d’apnée fleurissent tous les jours en France et ne sont actuellement plus du tout destinés qu’aux plongeurs émérites mais ouverts à tous. Notamment beaucoup de gens étant passés par des pratiques bien-être type tai-chi/méditation/Yoga et qui souhaitent découvrir quelque chose de nouveau. C’est devenu un sport « tendance » prenant même plus d’importance que l’apnée en mer. Il y a plus de 100 clubs d’apnée indoor en France pour seulement une trentaine en outdoor.

Quel est le rituel quotidien d’un apnéiste pour garder son niveau et notamment sa capacité respiratoire ?

Déjà s’entraîner en apnée (rires) ! Il faut au moins maintenir 2 entraînements par semaine pour garder son niveau et 3 pour progresser plus vite. A côté de cela, il faut faire de la préparation physique qui se passe par du cardio, de la musculation, de la natation et un volet alimentation qui se doit d’être sain. Il faut également faire pas mal d’étirements notamment de la cage thoracique pour maintenir une bonne flexibilité et un bon volume pulmonaire.

Beside Sport - Arthur Guérin-Boëri, un apnéiste pas comme les autres - Credit Alex Voyer -

Credit Alex Voyer

Quel est ton rapport à l’apnée en profondeur, pour le moment plus populaire ?

L’apnée verticale en mer, c’est vraiment une dimension plaisir uniquement ! Il n’y a pas cette difficulté de performances hyper poussés qu’il peut y avoir en piscine pour moi. Mais tous les apnéistes de haut niveau en piscine te diront la même chose, la pratique en mer, c’est les vacances. L’apnée en piscine (à haut niveau), c’est tellement dur que, tout parait cool à côté. C’est une différence fondamentale entre la pratique en mer et celle en piscine et les apnéistes mer le savent très bien aussi d’ailleurs.

Cette différence fondamentale, c’est la gestion mentale de l’effort. En piscine, elle va être très orientée vers « dépasser un réflexe de survie primaire qui est l’envie de se ventiler, de respirer ». En mer, la difficulté mentale principale va être de gérer la prise de risque par rapport à là où on va, c’est-à-dire avoir une énorme masse d’eau au-dessus de sa tête. En gros, en piscine on n’a pas cette prise de risque car on est très près de la surface et en mer, a contrario, on a pas tellement envie de respirer que ça.

Après il y a plein d’autres différences. En piscine, il y a des aspects techniques primordiaux, en mer, il y a un aspect d’adaptation à la profondeur très important, de compensation des oreilles par exemple. En mer, les temps d’apnée sont beaucoup plus courts qu’en piscine même pour ceux qui font les plus grosses performances. Ceux-ci dépassent rarement les 3 minutes 40s/4 minutes max pour les records du monde. En piscine, je peux nager jusqu’à 4 minutes 50s. En plus, en mer, il y a tout une phase de glisse, inactive. En effet, à partir de 20 mètres de profondeur, on n’a plus besoin de palmer, on se laisse couler. Du coup, on dépense très peu d’oxygène. En plus de cela, la pression de l’eau environnante joue sur la pression partielle des gaz dans le sang et notamment de l’oxygène. Ce dernier est beaucoup plus diffus au niveau sanguin et au fond on’a pas envie de respirer.L’envie de respirer apparait dans les 30 derniers mètres lorsque tu remontes à la surface. Alors qu’en piscine, je peux avoir envie de respirer au bout de 50 mètres alors qu’il me reste 250 mètres à faire.

Tu as évoqué le film le Grand Bleu, plus fan de Jacques Mayol ou d’Enzo Maiorca ? 

Les deux me plaisent énormément ! Ce sont deux personnages qui sont campés par deux acteurs que j’aime beaucoup et qui ont été mis en scène par un réalisateur que j’admire énormément jusqu’au 5ème Elément. Pour moi, c’était encore du grand Besson, du grand Reno et il y avait une magie que je ne retrouve plus dans les films de Besson aujourd’hui. Je n’arriverais pas à choisir un personnage plus que l’autre, les deux me correspondent. Cela reste évidemment un joli film et il convient de s’intéresser aussi à la véritable vie de Jacques Mayol et Enzo Maiorca.

Qui dit eau dit océan et donc environnement. As-tu un engagement particulier dans cet univers ?

Je suis engagé auprès de « Longitude180 » qui est une association de protection des océans qui est assez active. Après je vis à Paris donc j’ai pas trop l’occasion de militer sur le terrain pour vraiment lutter pour la protection des océans, mais je ne demande que cela. D’ailleurs, c’est un peu la dynamique de cette série documentaire que l’on est en train d’essayer de mettre en place. Aller sur le terrain, découvrir, constater le désastre écologique, rencontrer les personnes, apprendre. Après personnellement, je trouve vraiment que c’est une question d’éducation. Cela va de soit qu’il ne faut pas balancer des plastiques dans la mer. Pour moi, les gens qui font cela sont soit des abrutis, soit des personnes pas éduquées. Être éco-responsable, cela va de soi pour moi. De ne pas dégrader la nature, c’est quelque chose de tellement évident que je n’arrive pas à comprendre qu’il y ait des gens qui, délibérément, jettent des déchets dans la nature…C’est tout simplement inconcevable !

A l’heure actuelle, l’emprise de l’homme sur l’océan est tout bonnement scandaleuse !

« J'ai fait le record sans mon matériel »

Arthur Guerin-Boëri

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Peux-tu nous en dire plus sur ton record d’apnée sous la glace réalisé en Finlande en 2018 ?

Je sortais de 2016 et de mon dernier record du monde, à savoir 300 mètres en bassin et en mono-palme, que tout le monde attendait depuis des années, c’était le mur mythique des 300 mètres. Et en fait avec ce record, j’ai atteint un certain paroxysme dans ma carrière et je ne savais plus trop à quoi m’attaquer. La profondeur, cela peut demander des années d’adaptation, je savais qu’à l’époque, il y avait une poignée de mecs qui tentaient de battre des records de distance à l’horizontale sous la glace dans des lacs gelés. Je me suis dit qu’il y avait un truc à faire, en plus il y a un engagement physique car il y a quand même une chape de glace de 80 cm au-dessus de la tête. Aussi, il y a quelque chose d’extrême, la température, le froid, cela m’intriguait et me parlait. Et donc pourquoi pas tenter un record du monde d’apnée sous glace en distance à l’horizontale.

J’ai étudié le dossier, j’ai vu qu’il y avait un record à 155 mètres et je me suis dit que c’était prenable. Tout ce projet de record a pu se faire grâce au film que l’on a tourné pour l’occasion « Aquae Rex », notre premier long-métrage. On avait une équipe finlandaise qui nous a aidé. On a fait ces trous dans la glace et je me suis retrouvé à tenter ce record alors que je doutais énormément.

Déjà parce que je n’avais pas eu l’occasion de me tester grandeur nature à faire des grandes distances à basse température sous la glace. Je n’avais fait que des petits essais techniques et en fait, le jour où je me suis pointé en Finlande, 2 semaines avant le jour J, afin de m’acclimater et faire des essais, comme par hasard, la compagnie aérienne a paumé mon matériel. Je me suis donc retrouvé là-bas sans rien, je n’ai rien pu faire jusqu’à ce que je me fasse livrer en urgence une palme de Russie. Je partais complètement à l’inconnu et honnêtement j’avais vraiment peur. Mais pendant le record, c’est comme s’il y avait quelque chose qui m’avait transporté et qui m’avait guidé. Qui me transcende.  Je me suis abandonné à quelque chose qui me dépassait complètement. Car rationnellement, tu n’y vas pas !

Dans l’apnée, les projets les plus fous sont envisageables. Aurais-tu un projet dont tu voudrais nous parler plus particulièrement ?

Aujourd’hui, j’ai envie de partir à la découverte des océans et notamment des mammifères marins. Malgré tous les records que j’ai pu faire, je n’ai jamais nagé avec une baleine, des orques ou encore des dauphins. J’ai également un projet sportif avec un nouveau record à l’horizon 2021. Pour l’heure, mon ambition, c’est de partir à la découverte du monde, de partager ma vision de l’apnée et ce que l’apnée peut amener dans la transformation de la vie des gens. Sensibiliser le grand public aux bénéfices que peut apporter cette discipline pour tout un chacun.

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